Les Deniers du Tarot de Marseille
L’argent qui circule : pièces, rinceaux, routes, capital, commerce et secret des affaires.Les Deniers ne se réduisent pas à l’argent. Ils demandent d’observer les pièces, les rinceaux, les circulations et les secrets que la richesse organise.
Les Deniers sont l’une des quatre couleurs du Tarot de Marseille, avec les Bâtons, les Coupes et les Épées.
Dans le vocabulaire convenu, ils font partie des arcanes mineurs. Dans notre corpus, nous préférons les regarder comme des cartes de couleurs : une famille d’images, une série visible, un monde à observer avant de l’interpréter.
Avant de répéter que les Deniers parlent seulement d’argent, de matière ou de l’élément Terre, regardons-les.
Les cartes numérales de Deniers montrent des pièces. Elles sont souvent reliées, entourées, prises dans des rinceaux, des tiges, des feuilles, des fleurs, des entrelacs. Autrement dit : des cercles d’or, mais jamais vraiment seuls.
Un Denier, ce n’est pas seulement une pièce posée sur la table.
C’est une valeur qui circule.
Des pièces, donc de l’argent ?
Oui, les Deniers parlent d’argent.
Ce serait difficile de prétendre le contraire : ils montrent des pièces. Mais si l’on s’arrête là, on transforme la couleur en petit tiroir comptable.
L’argent n’est pas seulement une matière. C’est une promesse, une dette, une garantie, une tentation, une sécurité, parfois un piège. Il peut payer, protéger, acheter, corrompre, investir, transmettre, cacher.
Les Deniers ne parlent donc pas seulement de richesse possédée. Ils parlent de richesse en circulation : ce qui se compte, ce qui s’échange, ce qui s’accumule, ce qui se risque, ce qui se cache.
Une pièce immobile est déjà intéressante.
Une pièce reliée à d’autres devient un système.
La couleur des marchands, des artisans et des affaires
Dans Élucider le Tarot, les Deniers sont rapprochés du monde des marchands, des artisans, de la bourgeoisie, des affaires, de la ville et des routes commerciales.
Ce rapprochement ne tombe pas du ciel.
Les Bâtons sentent la terre, le bois, la fatigue, la saison, le travail premier.
Les Deniers sentent l’échoppe, le contrat, le coffre, le port, la route, le registre de comptes.
Avant qu’un denier change de main, il y a souvent un champ, une taille, une charge, une tâche, une fatigue, un temps long. Mais lorsque le produit arrive dans le monde des Deniers, il devient marchandise, prix, dette, profit, capital.
Les Bâtons et les Deniers peuvent alors être regardés comme deux faces du tiers état : d’un côté la terre, l’effort, la production ; de l’autre l’échange, la boutique, le calcul, le réseau.
Le commerce peut être honorable.
Il peut aussi se rapprocher de la piraterie lorsque la route, le risque et l’appétit deviennent un peu trop proches.
Les rinceaux : routes, liens et flux
Les Deniers ne sont pas seulement dessinés comme des pièces isolées. Ils sont pris dans des rinceaux.
Ces formes végétales peuvent être regardées comme des ornements. Mais les réduire à de la décoration serait dommage : dans les cartes de couleurs, chaque élément visible compte.
Autour des Deniers, les rinceaux font sentir la circulation. Ils relient les pièces, les entourent, les accompagnent. Ils peuvent évoquer les routes, les liens, les flux, les réseaux d’échange.
La pièce peut alors être vue comme un capital.
Le rinceau comme un flux.
Les fleurs et les feuilles comme des produits, des marchandises, des richesses produites.
Ce monde n’est pas immobile. Il circule.
Le secret des affaires
Les Deniers montrent de la richesse, mais ils ne montrent pas toujours clairement leurs numéros.
C’est assez juste, au fond.
On peut montrer qu’on possède. On peut même faire briller ce que l’on possède. Mais la valeur exacte, le compte précis, le bénéfice réel, le montant caché dans le coffre : cela se dit rarement trop fort.
Dans les Deniers, l’argent se voit.
Mais il ne se livre pas entièrement.
Le monde des affaires a ses secrets : dettes, alliances, héritages, garanties, arrangements, protections, marchandises attendues, cargaisons perdues, promesses jamais tenues.
La richesse aime la lumière quand elle impressionne.
Elle préfère l’ombre quand il faut compter.
Voyages, ports, comptoirs
Les Deniers peuvent ouvrir vers les voyages, les routes commerciales, les convois, les ports, les comptoirs, les cartes, les expéditions et les cargaisons.
La richesse ne pousse pas toujours devant la porte. Elle vient parfois de loin. Elle traverse des mers, des villes, des marchés, des péages, des entrepôts.
Elle dépend de ceux qui produisent, de ceux qui transportent, de ceux qui comptent, de ceux qui protègent, de ceux qui risquent.
Du Deux au Dix, on peut voir la richesse prendre de l’ampleur : de la petite échoppe à la grande compagnie, de la pièce isolée au réseau de circulation.
Disons, pour aller vite : de la petite boutique à la Compagnie des Indes.
Et alors, la Terre ?
On associe souvent les Deniers à l’élément Terre.
Fort bien.
Mais à quel moment exactement voit-on un Denier sortir du sol ?
Parce qu’il s’agit d’argent ? Parce que l’argent serait “matériel” ? C’est un peu maigre.
Les Deniers ont évidemment quelque chose de concret, de lourd, de comptable. Mais ils parlent aussi de voyages, de contrats, de routes commerciales, de réseaux, de secrets d’affaires.
Tout cela est très réel, oui.
Mais pas franchement terre sous les ongles.
À ce compte-là, les Bâtons auraient une meilleure tête de candidats : bois, champs, saisons, racines, travail paysan.
Si une couleur sent la terre humide, ce n’est peut-être pas celle des coffres et des registres de comptes. Le monde des affaires est même plutôt feutré et propre sur lui.
Les Deniers parlent moins de la Terre comme élément que de la richesse comme système : ce qui circule, se compte, se cache, s’investit, se risque et s’accumule.
Les correspondances modernes peuvent parfois rejoindre l’image.
Mais elles ne doivent pas la précéder.
Les figures de Denier
Les Deniers ne se limitent pas aux cartes numérales, de l’As au Dix.
Il y a aussi les figures : valet, cavalier, reine et roi.
Comme pour les autres couleurs, elles font entrer la famille dans le monde humain. Elles l’incarnent.
Le Valet de Denier regarde la richesse qui brille. Il peut désirer, hésiter, apprendre, saisir une occasion. Il n’a pas encore tout à fait le pouvoir, mais l’objet l’appelle.
Le Cavalier de Denier transporte, accompagne, sécurise. Il met la richesse en mouvement.
La Reine de Denier maîtrise, calcule, protège, retient. Elle connaît la valeur des choses et peut-être aussi le prix des gens.
Le Roi de Denier organise à une autre échelle. Il ne tient pas seulement une pièce : il fait tourner un réseau.
On n’entre pas ici dans le détail de chaque figure. Cette page présente la couleur. Elle ne vide pas le coffre jusqu’à la dernière pièce.
Lire les Deniers aujourd’hui
Lire les Deniers ne consiste pas à dire automatiquement : “argent”.
Ce serait souvent juste.
Mais souvent trop court.
Il faut se demander ce qui circule, ce qui se compte, ce qui se cache, ce qui s’investit, ce qui se perd, ce qui protège, ce qui enferme.
Les Deniers peuvent parler d’argent, de travail payé ou non payé, de contrat, de dette, de patrimoine, de maison, de sécurité matérielle, de dépendance, de commerce, de réseau professionnel, de carrière, d’entreprise, d’héritage, de transmission.
Ils peuvent aussi parler de voyage, de marchandises, d’affaires discrètes, de secrets liés à l’argent.
La question n’est donc pas seulement : combien ?
Elle est aussi : à qui, par qui, pourquoi, et à quel prix ?
Et alors, la richesse ?
Oui.
Les Deniers parlent d’argent parce qu’ils montrent des pièces.
Ils parlent d’échanges parce que les pièces sont reliées par des rinceaux.
Ils parlent de risque parce que la richesse attire.
Ils parlent de pouvoir parce que celui qui organise les flux finit rarement pauvre et sans influence.
Bref : oui, les Deniers parlent d’argent.
Mais pas que.
L’argent, dans le Tarot de Marseille, n’est jamais seulement une pièce. C’est une circulation, des voyages, un secret, une promesse, une dette, une protection, une tentation, parfois une domination.
Pas mal pour de simples ronds décorés.
Pour aller plus loin
Cette page ouvre les grands axes de lecture des Deniers : argent, échange, richesse matérielle, circulation, secret, commerce, capital, réseaux et pouvoir économique.
L’analyse détaillée des cartes de Denier, de l’As au Dix, ainsi que les figures de Denier, est développée dans le tome I d’Élucider le Tarot de Marseille.
Ici, on ouvre la piste.
Dans le livre, on suit les cartes une à une.
À retenir
Les Deniers du Tarot de Marseille ne se réduisent pas à l’argent.
Ils montrent des pièces, des rinceaux, des fleurs, des feuilles, des réseaux et des circulations.
Dans notre corpus, les Deniers sont rapprochés des marchands, des artisans, de la bourgeoisie, des affaires, des routes commerciales et de la richesse matérielle.
Ils parlent de capital, de flux, de marchandises, de secret des affaires, de protection matérielle, de risque et de pouvoir économique.
Ils forment une couleur de circulation, d’accumulation, d’investissement, de transmission et de domination possible.