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Les arcanes mineurs du Tarot de Marseille : les cartes de couleurs

Les 56 cartes de couleurs : Bâtons, Deniers, Coupes et Épées.
Cartes de couleurs du Tarot de Marseille disposées autour du livre Élucider le Tarot de Marseille de Daminus
Cartes de couleurs du Tarot de Marseille disposées autour du livre Élucider le Tarot de Marseille. Photographie : Daminus.

Le mot “arcane” voile. Le mot “mineur” rabaisse. Le mot “couleur” remet les cartes sous les yeux.

Dans le vocabulaire courant, les arcanes mineurs du Tarot de Marseille désignent les 56 cartes réparties en quatre familles : Bâtons, Deniers, Coupes et Épées.

Dans ce projet, je préfère les appeler cartes de couleurs.

L’expression est moins spectaculaire. Elle est aussi plus juste.

Elle revient au jeu.

Elle oblige à regarder ce qui est là : des bâtons, des deniers, des coupes, des épées, des fleurs, des feuilles, des rinceaux, des courbes, des croisements, des figures.

Avant d’être des “arcanes”, ces cartes sont des images.

Et avant d’être “mineures”, elles forment plus des deux tiers du Tarot de Marseille.

Ce n’est pas exactement un détail.

Pourquoi parle-t-on d’arcanes mineurs ?

L’expression “arcanes mineurs” appartient au vocabulaire moderne du tarot.

Elle est pratique, parce qu’elle est largement employée. On la trouve dans les livres, sur les sites, dans les formations, dans les recherches en ligne. Il ne sert donc à rien de faire comme si elle n’existait pas.

Mais elle pose deux problèmes.

D’abord, le mot “mineur” installe une hiérarchie.

Il suggère que ces cartes seraient secondaires, moins profondes, moins dignes d’attention que les atouts.

Ensuite, le mot “arcane” ajoute une idée de secret, de mystère, de savoir caché.

On obtient donc une expression assez étrange : elle rabaisse les cartes tout en les enveloppant d’un voile ésotérique.

Ce n’est pas rien.

Les Bâtons, les Deniers, les Coupes et les Épées n’ont pas besoin d’être rabaissés, ni voilés.

Ils demandent d’abord à être regardés.

Le problème n’est pas le mot. C’est ce qu’il fait au regard

On pourrait dire : après tout, ce n’est qu’un terme.

Oui.

Mais les mots orientent la manière de regarder.

Quand on parle d’arcanes majeurs, on attend de grandes images, de grands symboles, de grandes révélations.

Quand on parle d’arcanes mineurs, on attend souvent des compléments, des détails, des cartes pratiques, des significations rapides.

Alors les atouts prennent toute la lumière.

Et les couleurs passent après.

On les apprend plus tard.

On les résume.

On les mémorise par listes.

On les réduit à quelques mots-clés.

Avec un peu de chance, elles ont droit à trois lignes.

Avec moins de chance, ce sont les trois mêmes lignes recopiées ailleurs.

C’est ainsi que les 56 cartes de couleurs deviennent ce que j’appelle les 56 oubliées : non parce qu’elles auraient disparu du jeu, mais parce qu’elles ont trop souvent disparu de l’attention.

Pourquoi parler de cartes de couleurs ?

Dans les jeux de cartes, une couleur se voit.

Elle organise une famille.

Elle distingue les Bâtons, les Deniers, les Coupes et les Épées.

Elle ne prétend pas révéler un secret caché derrière le jeu. Elle désigne une structure visible dans le jeu.

C’est pour cela que le mot me semble précieux.

Il est plus simple.

Plus concret.

Moins initiatique.

Et, personnellement, lorsqu’on me parle d’“arcanes”, j’y vois quelque chose de sombre, d’obscur, presque fermé.

Lorsqu’on me parle de “couleurs”, au contraire, tout s’éclaircit.

Le mot paraît plus proche des cartes.

Plus proche de ce que l’on a sous les yeux.

Les quatre couleurs du Tarot de Marseille

Les 56 cartes de couleurs se répartissent en quatre familles :

Chaque couleur comprend dix cartes numérales, de l’As au Dix, et quatre figures : Valet, Cavalier, Reine et Roi.

Mais cette organisation ne suffit pas.

Il ne s’agit pas seulement de dire : “il y a quatre familles”.

Il faut regarder comment chaque famille fonctionne.

Les Bâtons ne racontent pas la même chose que les Deniers.

Les Coupes ne respirent pas comme les Épées.

Un Quatre ne produit pas mécaniquement la même lecture dans chaque couleur.

Un Cinq non plus.

C’est l’un des pièges des systèmes trop rapides : croire qu’un nombre suffit à expliquer une carte.

Le nombre compte, bien sûr.

Mais il ne parle jamais seul.

Il est pris dans une couleur, une image, une série, une dynamique.

Une méthode accessible, mais pas simpliste

Si vous cherchez une méthode rapide pour apprendre les arcanes mineurs, on vous proposera souvent des mots-clés.

Bâtons : action.

Deniers : argent.

Coupes : amour.

Épées : conflit ou mental.

Cela peut servir de porte d’entrée.

Mais cela ne suffit pas.

Le Tarot de Marseille demande autre chose : regarder les images, comparer les cartes entre elles, suivre les séries, observer les détails, puis replacer tout cela dans un contexte plausible.

Ce n’est pas une méthode compliquée.

C’est une méthode plus lente.

Nuance.

Elle ne demande pas de réciter un système ésotérique.

Elle demande de regarder.

Et regarder, parfois, c’est déjà beaucoup demander.

Faut-il passer par le Rider-Waite-Smith pour comprendre les mineurs ?

On conseille souvent le Rider-Waite-Smith aux débutants, parce que ses cartes de couleurs sont illustrées par des scènes.

C’est compréhensible.

Une scène donne immédiatement quelque chose à raconter.

Un personnage triste devant des coupes renversées parle plus vite qu’une carte de Coupes du Tarot de Marseille.

Une personne qui jongle avec deux pièces semble plus simple à lire qu’un Deux de Deniers.

Mais ce détour a un prix.

Il apprend à lire le Tarot de Marseille comme s’il lui manquait des images.

Or le Tarot de Marseille n’est pas un Rider-Waite-Smith incomplet.

Il fonctionne autrement.

Il ne donne pas toujours une saynète.

Il donne des formes, des objets, des rythmes, des tensions, des répétitions, des écarts.

C’est moins immédiat.

Mais ce n’est pas moins riche.

Il faut seulement accepter de ne pas lui demander d’être un autre jeu.

Lire les arcanes mineurs autrement

Lire les arcanes mineurs du Tarot de Marseille autrement, c’est changer de geste.

Au lieu de commencer par une signification apprise, on commence par l’image.

Que montre la carte ?

Combien d’objets ?

Comment sont-ils disposés ?

Quels détails reviennent ?

Quels détails changent ?

Y a-t-il une forme qui se dégage ?

La carte paraît-elle ouverte, fermée, stable, tendue, en croissance, en blocage, en circulation ?

Puis on compare.

Une carte isolée peut parler.

Mais replacée dans sa série, elle commence souvent à dire bien davantage.

L’As de Bâton ne se comprend pas seulement comme un commencement.

Il se comprend dans la dynamique des Bâtons.

Un Cinq de Coupe ne se comprend pas seulement comme “un cinq”.

Il se comprend dans la série des Coupes.

Enfin, on contextualise.

Le Tarot de Marseille que nous lisons s’est fixé autour des jeux du XVIIIe siècle. Il faut donc éviter de lui plaquer trop vite des systèmes qui lui sont postérieurs, ou des catégories modernes qui parlent à la place des cartes.

C’est le cœur de la méthode :

observer, comparer, contextualiser.

Les arcanes mineurs ne sont pas un supplément

Les cartes de couleurs ne sont pas un supplément au Tarot de Marseille.

Elles en sont le tissu quotidien.

Elles parlent du travail, de l’argent, des échanges, des liens, des secrets, des conflits, des décisions, des désirs, des pertes, des reprises, des alliances, des ruptures, des choses que l’on fait, que l’on reçoit, que l’on donne, que l’on cache ou que l’on tranche.

Un simple jeu de 52 cartes a longtemps suffi à lire les affaires humaines.

Pourquoi le Tarot de Marseille, avec ses 56 cartes de couleurs et ses Cavaliers en plus, serait-il incapable de dire le quotidien ?

La question mérite d’être posée sérieusement.

Les atouts ont leur puissance.

Mais les couleurs ont leur matière.

Et sans matière, même les grands symboles flottent un peu.

Pourquoi commencer par les couleurs ?

La plupart des apprentissages du tarot commencent par les atouts.

C’est compréhensible : ils sont plus immédiatement reconnaissables, plus commentés, plus chargés de récits.

Mais ce n’est pas forcément le point de départ le plus naturel.

Les couleurs parlent d’abord de la vie ordinaire.

Le travail.

L’argent.

Les liens.

Les conflits.

Les échanges.

Les attachements.

Les tensions.

Les commencements.

Les fins.

Les arrangements.

Les décisions.

Les atouts peuvent déplacer une lecture, l’intensifier, l’éclairer, la dramatiser.

Mais les couleurs donnent souvent la matière de départ.

Pour reprendre une image simple : on ne prépare pas un plat avec seulement du sel, du poivre et des épices.

Les épices peuvent tout changer.

Mais il faut tout de même quelque chose à manger.

Dans le Tarot de Marseille, les couleurs donnent cette matière.

Les atouts viennent parfois l’assaisonner, la hausser, la mettre en crise ou lui donner une portée plus vaste.

C’est l’inverse de ce qui est souvent enseigné.

J’en suis bien conscient.

Mais si l’on veut lire des situations humaines ordinaires, il est logique de commencer par ce qui parle d’abord de la vie ordinaire.

Pour aller plus loin

Cette page explique pourquoi le vocabulaire “arcanes mineurs” est utile, mais insuffisant.

Pour entrer dans la logique du projet, vous pouvez lire aussi :

Le tome I d’Élucider le Tarot de Marseille suit les 56 cartes de couleurs une à une.

Le site ouvre les axes.

Le livre entre dans le détail.

À retenir

Les arcanes mineurs du Tarot de Marseille sont les 56 cartes de couleurs : Bâtons, Deniers, Coupes et Épées.

Daminus préfère parler de cartes de couleurs, parce que ce terme revient à ce qui est visible dans le jeu.

Ces cartes ne sont pas secondaires.

Elles forment la matière quotidienne de la lecture.

Pour les comprendre, il ne suffit pas d’apprendre des mots-clés.

Il faut observer les images, comparer les séries, contextualiser les hypothèses, et regarder enfin les 56 oubliées pour ce qu’elles montrent.