Pourquoi utiliser seulement les arcanes majeurs du Tarot de Marseille est une erreur

Votre jeu a deux tranches de couleur différente. Voici ce que ça dit de votre pratique.
Jeu de Tarot de Marseille dont la tranche montre deux couleurs distinctes : arcanes majeurs usés et arcanes mineurs immaculés
La tranche bicolore : le symptôme le plus courant d'une pratique incomplète.

Les arcanes mineurs du Tarot de Marseille ne sont pas des cartes secondaires. Et les arcanes majeurs, utilisés seuls, perdent précisément ce qui les rend puissants.

Ce que révèle la tranche de votre jeu

Regardez votre jeu de Tarot de Marseille. Prenez-le en main et regardez la tranche.

Si vous pratiquez depuis quelques années, vous voyez probablement deux zones distinctes. D'un côté, des cartes jaunies, légèrement gondolées, dont les bords commencent à s'effiler sous l'usage. De l'autre, des cartes qui semblent neuves, immaculées, comme sorties de leur boîte le jour même.

Ce n'est pas un hasard. Ce sont les arcanes majeurs du Tarot de Marseille d'un côté. Les arcanes mineurs de l'autre.

Ce phénomène est si courant qu'il est devenu une sorte de rite de passage discret : chaque praticien finit par ranger ses 56 cartes mineures dans un coin du paquet en se disant qu'il s'en occupera plus tard. Plus tard ne vient jamais. La tranche bicolore, elle, reste.

Pourquoi la hiérarchie arcanes majeurs / arcanes mineurs n'est pas historique

La plupart des livres sur le Tarot de Marseille consacrent leurs meilleures pages aux 22 atouts : le Bateleur, l'Impératrice, la Roue de Fortune, le Monde. Ces cartes sont décrites avec soin, illustrées, commentées, symboliquement enrichies.

Les 56 arcanes mineurs héritent en général de trois lignes et d'une liste de mots-clés. Parfois moins. Parfois rien.

Ce découpage entre arcanes majeurs et mineurs n'a pourtant rien d'historique. Le mot arcane, majeur ou mineur, n'apparaît qu'au XIXe siècle sous la plume des occultistes. Avant eux, on parlait d'atouts, de triomphes, de couleurs. Personne ne les hiérarchisait ainsi.

Le jeu de Tarot de Marseille était un tout. Les 78 cartes formaient un système cohérent, pas deux paquets d'importance différente. En ne tirant que les atouts, on ne lit pas mieux le tarot. On en lit moins de la moitié.

Ce que les arcanes mineurs du Tarot de Marseille contiennent vraiment

Les 56 cartes des couleurs ne sont pas des cartes secondaires. Elles sont le quotidien, la chair de la vie, ce dont les gens parlaient vraiment quand ils consultaient une cartomancienne au XVIIIe siècle.

Les bâtons parlent des saisons, du travail, des projets qui poussent ou qui meurent. Les deniers parlent d'argent, de routes marchandes, d'alliances commerciales et de leurs secrets. Les coupes parlent d'amour, de savoir, de réseaux invisibles. Les épées parlent de conflits, de décisions, de rapports de force.

Ce sont les vraies questions de la vie. Ce sont précisément les thèmes que l'on retrouve dans les arcanes majeurs, mais abordés à l'échelle du quotidien, avec une précision que les atouts, par nature plus universels, ne peuvent pas atteindre.

Un tirage construit uniquement sur les 56 cartes mineures peut décrire avec une précision remarquable une situation professionnelle complexe, une relation affective ambiguë, une décision financière difficile.

Que va-t-il se passer avec mon associé ? Les deniers répondent.

Est-ce que cette relation peut durer ? Les coupes répondent.

Mon projet va-t-il aboutir ? Les bâtons répondent.

Comment va se terminer ce conflit ? Les épées répondent.

La Roue de Fortune est spectaculaire. Le 4 de Deniers répond à ce qu'on vient vraiment demander.

La véritable vocation des arcanes majeurs du Tarot de Marseille

C'est ici que la confusion est la plus profonde, et la plus répandue.

Les arcanes majeurs du Tarot de Marseille ne sont pas faits pour remplacer les mineurs. Ils sont faits pour les transcender.

Quand le 4 de Deniers décrit une association commerciale stable, LA ROUE DE FORTUNE dit si cette stabilité est en train de basculer. Quand les coupes décrivent une relation amoureuse, L'AMOUREUX ou LA LUNE viennent lui donner une dimension qui dépasse le quotidien. Quand les bâtons décrivent un projet en pleine croissance, LE CHARIOT dit si l'énergie qui le porte va dans la bonne direction.

Les majeurs sont le souffle qui traverse les situations concrètes décrites par les mineurs. Ils donnent du sens à ce qui se passe, ils indiquent la direction, ils qualifient l'intensité. Ils n'ont pas vocation à remplacer les mineurs : ils ont vocation à les élever au-dessus du quotidien.

Utilisés seuls, les arcanes majeurs perdent précisément ce qui les rend puissants : le contexte concret dans lequel ils s'inscrivent. C'est comme lire uniquement les titres de chapitre d'un livre en sautant le texte. On comprend vaguement de quoi il s'agit. On ne lit pas vraiment.

Pourquoi les arcanes mineurs semblent difficiles à apprendre

La raison pour laquelle les praticiens abandonnent les mineurs n'est pas un manque de motivation. C'est la façon dont on leur présente ces cartes.

Mémoriser 56 significations distinctes, souvent arbitraires, parfois contradictoires d'un livre à l'autre, est décourageant. Et inutile.

Les arcanes mineurs du Tarot de Marseille ne demandent pas à être mémorisés. Ils demandent à être compris. La différence est fondamentale.

Chacune des quatre familles suit une logique interne, inscrite dans les images elles-mêmes : dans les rinceaux, les fleurs, les entrelacements, les postures des figures. Une logique qui n'a pas besoin d'ésotérisme ni de numérologie. Qui repose sur l'observation de ce qui est dessiné sur les cartes, replacé dans le contexte dans lequel ce jeu a été conçu : la France du XVIIIe siècle et ses quatre ordres sociaux.

Quand on comprend cette logique, les 56 cartes deviennent lisibles par déduction. Plus besoin de mémoriser : on voit.

Comment apprendre à lire les arcanes mineurs du Tarot de Marseille

La solution n'est pas de mémoriser 56 significations supplémentaires. C'est de comprendre la logique interne des quatre familles, celle qui rend chaque carte lisible par déduction plutôt que par récitation.

Cette logique existe. Elle est inscrite dans les images elles-mêmes. Elle n'a pas besoin d'ésotérisme ni de numérologie. Elle repose sur l'observation de ce qui est dessiné sur les cartes, replacé dans le contexte dans lequel ce jeu a été conçu.

Quand on y arrive, le jeu redevient entier. Les tirages deviennent plus précis, plus nuancés, plus vrais. Et les deux moitiés du paquet vieillissent enfin ensemble.

Cet article ne présente que le problème. La manière dont les 56 arcanes mineurs deviennent lisibles par observation est développée carte par carte dans Élucider le Tarot de Marseille, Tome I.

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